« Consommateurs, industriels, agriculteurs, nous sommes tous les acteurs d’un mouvement, nous pouvons tous ensemble chercher à faire mieux » Loïc Seuillerot

Depuis plus de 10 ans, Alpina Savoie déploie en Camargue une filière de blé dur bio particulièrement vertueuse : des céréales bio cultivées sans utilisation de pesticides, même ceux autorisés par l’agriculture biologique. Avec le soutien d’agriculteurs engagés comme Loïc Seuillerot, Alpina Savoie travaille en faveur d’une alimentation plus durable et favorable à la régénération de la biodiversité. Sublimés dans son usine de Chambéry grâce au savoir-faire inégalé de sa Maître pastier, ces blés durs bio donnent naissance à la gamme Bio de France, pour que les consommateurs retrouvent dans leurs assiettes le goût des pâtes bonnes pour la Nature et riches en saveurs.

Loïc Seuillerot, pourquoi avoir choisi de privilégier Alpina Savoie pour transformer vos blés ?

Parce qu’Alpina Savoie est le pilier de la filière blé dur bio dans notre région ! Avec eux, nous avons la même ambition : celle d’élaborer un produit d’excellente qualité. Pour ma part, il s’agit de produire des blés durs bio qu’Alpina Savoie va pouvoir transformer en second temps en pâtes délicieuses. J’ai besoin d’avoir ce regard sur l’après, sur ce qu’il se passe avec mes céréales, une fois qu’elles quittent mes champs. Lorsque je m’engage dans une relation professionnelle, cela doit devenir une alliance pérenne, basée avant tout sur la confiance mutuelle, sur la certitude d’apporter mon blé à un industriel qui va le sublimer.

La filière bio Alpina Savoie est un exemple pour la profession selon moi. L’objectif du pastier est avant tout de réunir des femmes et des hommes, des compétences complémentaires et des engagements communs. Je m’estime très chanceux d’avoir trouvé en Alpina Savoie bien plus qu’un simple industriel, mais bien ces femmes et ces hommes qui partagent mes valeurs d’une agriculture plus vertueuse.

Pourquoi avoir choisi de cultiver des céréales bio ?

Le monde agricole a aujourd’hui un regard plus sensible, plus volontariste sur l’impact de nos actions sur la biodiversité qui nous entoure. Je trouve particulièrement intéressant de chercher le bon équilibre entre la nature qui prédomine, et notre activité culturale. De nouveaux modes de production émergent et je voulais participer activement à cette nouvelle vague. La main tendue par Alpina Savoie qui a structuré toute la filière bio en Camargue était une aubaine pour moi !

Bien évidemment, mon raisonnement a également été économique : les besoins des consommateurs changent et il nous faut anticiper ces évolutions pour leur proposer des céréales en phase. Pour être sûr de valoriser les cultures sortant de mon champ, il me faut prendre de la hauteur sur ces tendances de consommation.

De manière très factuelle, sur mon exploitation je n’ai aucune perte entre un rendement qualifié de conventionnel et ma production bio sans utilisation de pesticides, même bio. En revanche, la valorisation de mes cultures est multipliée par 2 voir 3 par rapport au conventionnel. Cela ne nous permet pas de gagner plus d’argent, seulement de retrouver un fonctionnement normal. Tout le monde sait aujourd’hui que le raisonné est à flux tendu, les prix sont trop bas. La culture bio m’a permis de sécuriser mon exploitation et l’ensemble des agriculteurs qui y travaillent au quotidien. Enfin, un point particulièrement important qui permet retrouver un vrai équilibre entre travail et vie personnelle : le bio a une meilleure répartition des charges de travail sur l’année, offrant plus de souplesse et une charge de travail plus agréable.

Quels sont les facteurs de déclin d’ores et déjà identifiés en Camargue ?

S’il est maintenant avéré que les pesticides influent sur les écosystèmes, nous avons souhaité nous intéresser, dans un premier temps, à un autre élément : les habitats naturels.

Depuis les années 1950, le paysage camarguais a été profondément bouleversé avec un développement très important de l’agriculture dans la région. Les sols ont été dessalés pour permettre de développer des exploitations au détriment des habitats naturels. Le paysage que l’on connaît aujourd’hui est donc assez récent et pas toujours accueillant pour des espèces autrefois communes en Camargue.

C’est pourquoi nous avons décidé de reconstituer divers types d’habitats sur certaines parcelles, avec l’accord des agriculteurs. Du nichoir à la plantation de haies, nous avons ajouté ou recréé des zones favorables à la biodiversité. Je précise que ces installations ont été faites en concertation avec les agriculteurs car ils sont un maillon essentiel de l’écosystème camarguais. Le rôle pivot tenu par l’agriculture est essentiel dans le maintien et la pérennisation de la biodiversité. Pour y aboutir, nous devons repenser les modèles agricoles, et cela ne peut se faire qu’en impliquant tous les acteurs.

Et pourquoi avoir décidé de prendre des engagements plus poussés comme la non-utilisation de biopesticides ?

Depuis toujours, ma perception de l’agriculture est raisonnée, j’accorde une attention toute particulière à l’observation, à être très proche des cultures. Une nouvelle chose que nous partageons avec les femmes et hommes Alpina Savoie. J’ai le plaisir de bénéficier des avantages d’une région merveilleuse, peu soumise aux maladies (rouilles, fongicides sont peu utilisés). Ici, grâce au mistral et à un temps assez sec, nous sommes naturellement capables de faire des cultures très saines, en très bonne santé, avec très peu de pression en maladies ou ravageurs.

Nous avons également travaillé avec les équipes Alpina Savoie pour réinstaurer une rotation culturale sur nos parcelles : nous alternons d’année en année les cultures de riz, de blé dur et de luzerne afin de nourrir naturellement le sol en nutriments.

Prenant tout cela en compte, grâce à cette observation de l’environnement qui entoure mes parcelles et à cette rotation, je n’ai pas besoin d’utiliser ni de pesticides ni de biopesticides. La Nature est bien faite !

Pensez-vous que l’étude menée en association entre Alpina Savoie et l’institut de la Tour du Valat vous apportera des réponses concrètes sur le terrain ?

On y croit ! Aujourd’hui c’est compliqué de répondre directement à cette question car nous sommes au cœur de l’étude et les chercheurs comme Thomas Galewski mettent un point d’honneur à ne pas avancer de résultats à la hâte. Les scientifiques nous permettent de combler des lacunes sur ce qu’il se passe au sein même de nos parcelles : les équilibres, les fonctionnements de cette nature. Ensemble on pourra mettre en place des améliorations, conserver et améliorer nos actions. Les équipes de La Tour du Valat m’ont indiqué avoir constaté 3 zones géographiques sur ma parcelle, à Figares, avec 3 biotopes bien différents. Cela veut peut-être dire que la conclusion ne sera pas un mais plusieurs modèles culturaux ! J’ai grandement hâte de savoir !

Les chercheurs sont très discrets, j’aime les observer mais je les laisse travailler sereinement sur mes parcelles qui leurs sont complètement ouvertes. Prochainement, ils vont y installer des nichoirs pour constater des augmentations d’espèces d’oiseaux. En acceptant cette étude, je me suis engagé à leur mettre à disposition tous les moyens pour qu’ils puissent la mener à bien. Et j’avoue y prendre beaucoup de plaisir, ma curiosité est bel et bien piquée ! Il faut que cela aboutisse à des résultats, trois années c’est finalement très court, j’espère que les relations vont durer au-delà pour continuer le travail tous ensemble.

Comment voyez-vous l’agriculture de demain, d’après-demain ?

Question difficile ! Notre génération vit une époque charnière, nous avons tout à réinventer car nous sommes pleinement conscients des enjeux environnementaux de nos activités. C’est absolument passionnant ! J’ai bon espoir que l’agriculture se diversifie en fonction des régions, des lieux. Je le vois tous les jours sur mes parcelles : le climat tient un rôle prépondérant dans la réussite d’une culture et je pense – j’espère – que l’agriculture de demain rimera avec diversification en fonction des zones géographiques. Pour après-demain, je souhaite que nous en ayons fini avec les cultures « à tout va », que nous aurons su nous adapter, faire se rapprocher l’agriculture, la biologie, l’agronomie.

Consommateurs, industriels, agriculteurs, nous sommes tous les acteurs d’un mouvement, nous pouvons tous ensemble chercher à faire mieux. Nous, agriculteurs, ne faisons pas que produire des blés durs bio : nous nous engageons tous les jours pour protéger nos productions et notre territoire. Alpina Savoie est notre porte-parole auprès des consommateurs finaux, grâce au macaron « Zéro résidu de pesticides » sur les paquets Bio de France*. Ces paquets en magasin sont le reflet de notre travail, c’est une grande fierté pour moi.