« Le fait de cultiver en bio présente manifestement un avantage pour certains groupes d’animaux comme les araignées, les libellules et les oiseaux » Thomas Galewski

Depuis plus de 10 ans, Alpina Savoie s’engage pour proposer des produits issus de cultures respectueuses des Hommes et de l’environnement, grâce à un travail collaboratif avec les agriculteurs français de la coopérative BioSud, en Camargue.

Ensemble, ils ont développé leurs connaissances au fil des années et ont mis au point des modèles agriculturaux innovants et vertueux qui se traduisent notamment par la gamme Bio de France issue de blé dur cultivé sans pesticides, même bio.

En 2019, Alpina Savoie s’est associée à l’Institut de Recherche de la Tour du Valat pour mesurer l’impact de ces pratiques sur la régénération de la biodiversité. L’étude qui arrive bientôt à son terme fait d’ores et déjà émerger des bonnes pratiques et des méthodes favorables à la faune et la flore dans les champs.

Avant d’en partager les résultats définitifs, Thomas Galewski, Docteur en biologie de l’évolution et en écologie au sein de la Tour du Valat fait le point.

Thomas Galewski, en quoi la démarche d’Alpina Savoie vous permet-elle d’étudier la biodiversité ?

Alpina Savoie nous a ouvert les parcelles de ses agriculteurs partenaires, regroupés au sein de la coopérative BioSud, nous permettant ainsi de travailler avec toutes les parties prenantes de l’écosystème camarguais.

Quel est l’objectif précis de l’étude ?

Nous souhaitons comprendre pourquoi la biodiversité a décliné sur les 50 dernières années et voir quels sont les facteurs à l’origine de ce phénomène. Dans un second temps, nous cherchons à identifier des pratiques favorables à la biodiversité que l’ensemble des agriculteurs peuvent mettre facilement en application sur leurs parcelles, qu’ils soient en Camargue ou ailleurs en France.

Quels sont les facteurs de déclin d’ores et déjà identifiés en Camargue ?

S’il est maintenant avéré que les pesticides influent sur les écosystèmes, nous avons souhaité nous intéresser, dans un premier temps, à un autre élément : les habitats naturels.

Depuis les années 1950, le paysage camarguais a été profondément bouleversé avec un développement très important de l’agriculture dans la région. Les sols ont été dessalés pour permettre de développer des exploitations au détriment des habitats naturels. Le paysage que l’on connaît aujourd’hui est donc assez récent et pas toujours accueillant pour des espèces autrefois communes en Camargue.

C’est pourquoi nous avons décidé de reconstituer divers types d’habitats sur certaines parcelles, avec l’accord des agriculteurs. Du nichoir à la plantation de haies, nous avons ajouté ou recréé des zones favorables à la biodiversité. Je précise que ces installations ont été faites en concertation avec les agriculteurs car ils sont un maillon essentiel de l’écosystème camarguais. Le rôle pivot tenu par l’agriculture est essentiel dans le maintien et la pérennisation de la biodiversité. Pour y aboutir, nous devons repenser les modèles agricoles, et cela ne peut se faire qu’en impliquant tous les acteurs.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulé de l’étude, les étapes ?

L’étude s’articule en trois étapes, sur trois ans. Dans un premier temps, nous avons parcouru la littérature scientifique autour de l’impact de l’agriculture bio sur la biodiversité. Il en est ressorti que la biodiversité était plus riche sur les parcelles travaillant en bio. En partant de ce constat, nous avons tenu à prendre d’autres facteurs en compte, à savoir les infrastructures agroécologiques comme es haies, les bandes enherbées, la végétation sauvage poussant dans et au bord des canaux… La question que nous avons tous en tête est la suivante : ces zones de « nature » laissées à proximité des parcelles sont-elles accueillantes pour la biodiversité ?

Nous sommes sur le terrain depuis un an pour répondre à cette question. Dans les champs, la première partie de l’étude s’est orientée sur un gradient de parcelles bio, depuis celles dépourvues d’infrastructures agroécologiques et d’autres mieux équipées. Comme je le mentionnais juste avant, nous effectuons des relevés saisonniers basés entre autres sur le cycle de vie des espèces. Cette saisonnalité forte nous impose de poursuivre les relevés sur encore une année, afin de disposer d’une base de données solide. Elle sera d’ailleurs croisée avec un projet plus ancien et similaire, basé sur des parcelles traitées à l’aide de produits phytosanitaires.

Sur la dernière partie de l’étude, nous soumettrons nos résultats à une revue scientifique de haut niveau. Une fois validée par la communauté scientifique, nous pourrons avancer des arguments tangibles pour améliorer les modèles agricoles en prenant en compte les problématiques liées aux traitements phytosanitaires et aux infrastructures agroécologiques, nous pensons que ce sont les deux leviers les plus importants pour permettre un retour de la biodiversité en Camargue.

Quels types d’animaux sont concernés par l’étude ?

Sur le terrain, nous travaillons principalement sur les oiseaux et les insectes. En 2021, nous joignons les chauve-souris à nos observations. Ce sont des animaux très sensibles aux pesticides, les voir revenir dans une zone agricole est souvent un signe d’amélioration de la santé de l’écosystème.

Enfin, Alpina Savoie reste une entreprise à taille humaine. En grandissant, elle a su garder et développer ses engagements : la qualité, le respect de l’environnement, des ressources naturelles. Toutes ces valeurs me sont chères et c’est une fierté d’y contribuer tous les jours.

Quels sont les points positifs des parcelles dont la production est destinée à Alpina Savoie, par rapport aux autres ?

Le fait de cultiver en bio présente manifestement un avantage pour certains groupes d’animaux comme les araignées, les libellules et les oiseaux. Ils réagissent tous bien à la diminution voire à la suppression des pesticides si l’on compare à des parcelles conventionnelles. Cette suppression des pesticides est rendue possible par la rotation culturale. Il s’agit d’une pratique qui vise à changer les cultures régulièrement afin de nourrir les sols, pour au final se passer d’intrants.

Le second élément qui se démarque, c’est le rôle des infrastructures agroécologiques. En Camargue, les haies, bordures enherbées et les canaux ont une forte influence sur la biodiversité. C’était notre hypothèse de départ, elle semble validée. Nous pourrons sûrement l’affirmer avec plus de poids lorsque les résultats complets de l’étude seront publiés.

Pensez-vous que les autres marques et le marché agroalimentaire devraient se baser sur un tel modèle ? Est-ce faisable et réaliste ? Faut-il aller plus loin ?

La dynamique a beaucoup changé en France depuis quelques années, notamment avec une forte prise de conscience des enjeux environnementaux par les acteurs de l’agroalimentaire et de l’agriculture.

Nous voulons faire revenir les infrastructures agroécologiques sur les exploitations. Il s’agit bien d’un retour car elles existaient avant que les paysages ne soient transformés par l’Homme. Avec une agriculture plus respectueuse, c’est toute la chaîne alimentaire, de la proie au prédateur qui œuvre à la limitation des ravageurs, tout le monde y gagne ! Nous avons donc bon espoir pour une alliance durable entre le monde agricole et la nature.